Par l’équipe Céleste, spécialiste de la sonorisation des lieux de culte · mis à jour le
Une église réverbère : sous ses voûtes de pierre, le son met plusieurs secondes à s’éteindre, environ 3 secondes dans une église paroissiale moyenne et bien plus dans une cathédrale. Chaque syllabe se mêle à l’écho des précédentes et la parole devient confuse. Le larsen, lui, survient quand les micros captent le son des enceintes.
Le remède n’est pas de monter le volume. Il faut envoyer le son sur l’assemblée et non vers les voûtes, avec des enceintes directives bien placées et retardées, et des micros proches de la bouche de celui qui parle.
La réverbération, première cause
On mesure la réverbération par le temps que met un son à s’éteindre. Une étude de 41 églises catholiques a relevé des valeurs de 1,2 à 8,1 secondes, avec une médiane de 3,1 secondes ; plus l’église est grande, plus la réverbération est longue. À Notre-Dame de Paris, elle dépassait 8 secondes dans les graves avant l’incendie.
À titre de comparaison, une salle de réunion confortable pour la parole réverbère moins d’une seconde. Dans une église, la queue de réverbération d’une syllabe recouvre la suivante : les consonnes, qui portent le sens, sont masquées par les voyelles qui résonnent encore. C’est pourquoi on entend « quelque chose » sans comprendre.
Comment mesure-t-on l’intelligibilité ?
Les acousticiens utilisent l’indice de transmission de la parole (STI), de 0 à 1. La norme IEC 60268-16 vise au moins 0,58 pour une sonorisation de qualité dans une église moderne et 0,54 dans une cathédrale. Sans sonorisation, la grande majorité des églises étudiées restent sous 0,45, un niveau jugé médiocre.
Pourquoi monter le volume ne sert à rien
Plus de volume, c’est aussi plus de réverbération : la nef renvoie davantage de son, et le rapport entre la voix directe et l’écho ne change pas. On obtient une parole plus forte mais pas plus claire, et l’on se rapproche du larsen.
Le piège des anciennes sonorisations
Une étude portant sur 31 églises équipées d’enceintes réparties le long de la nef, sans retard entre elles, est éclairante : en moyenne, la sonorisation n’améliorait l’intelligibilité que de 7 %, et elle la dégradait même dans 26 % des églises. Les défauts typiques de ce genre d’installation :
- des enceintes qui arrosent les voûtes et les murs au lieu de viser l’assemblée ;
- des enceintes non retardées : le fidèle entend la voix arriver de plusieurs endroits, décalée, comme un écho ;
- des micros trop loin de la bouche, qui obligent à pousser le volume ;
- trop de micros ouverts en même temps ;
- des réglages jamais repris depuis l’installation.
D’où vient le larsen ?
Le larsen, ce sifflement aigu, apparaît quand un micro capte trop le son des enceintes et le renvoie dans le système. Selon le guide de référence du fabricant Shure, le niveau atteignable avant larsen dépend « très peu » du matériel et « beaucoup » de la position relative des micros, des enceintes, des orateurs et des auditeurs.
La distance au micro est décisive : quand l’orateur double sa distance au micro, sa voix y arrive 6 dB plus faible, alors que le son de la salle reste le même. Il faut alors amplifier davantage, et le larsen arrive plus vite.
Les remèdes qui fonctionnent
- Des enceintes directives. Des colonnes à directivité contrôlée concentrent le son sur l’assemblée et en envoient très peu vers les voûtes. Le rapport entre le son direct et la réverbération augmente, et l’intelligibilité avec lui.
- Des enceintes bien placées, en avant des micros et orientées vers les fidèles, jamais vers les micros.
- Des retards réglés. Le son parcourt environ 343 mètres par seconde, soit près de 3 millisecondes par mètre. Une enceinte placée au milieu de la nef est retardée d’autant, plus quelques millisecondes, pour que la voix semble venir de l’ambon et non de l’enceinte la plus proche.
- Des micros proches de la bouche : micro serre-tête pour le célébrant, micros directionnels à l’autel et à l’ambon, orientés dos aux enceintes.
- Un traitement numérique du son : égalisation adaptée à l’édifice, mélangeur automatique qui n’ouvre que le micro utilisé, suppresseur de larsen en dernier recours.
- Une mesure finale de l’intelligibilité, puis un réglage à l’oreille pendant une vraie célébration.
C’est la méthode que nous appliquons, détaillée dans notre guide de la sonorisation d’église. Pour les fidèles appareillés, la sonorisation ne suffit pas toujours : la boucle magnétique et Auracast leur envoient le son directement, sans la réverbération. Voir l’accessibilité auditive.
